jeudi 20 novembre 2014

Tant qu'on n'a pas brûlé le décor

Je ne sais pas comment c'est arrivé, exactement, mais il y a eu ce matin dont on avait parlé tout l'été avec G., ce matin fabuleux où la chape de plomb qui t'écrase-t'étreint-t'abasourdi a disparu, envolée avec la nuit. Et je découvre que, centimètre par centimètre, je peux de nouveau aller vers les autres. Recueillir leurs peines sans que la mienne n'étouffe chaque petite parcelle de mon empathie, sourire à leurs sourires parce que ça-va, oui, ça va même très bien, croiser de nouvelles mains, s'accrocher un tout petit peu, juste le temps de le réaliser, à des paroles douces - et découvrir que ça manquait cruellement depuis bien longtemps. Marcher à tout petits pas sur un nouveau chemin qui semble bien moins sinueux.

Je ne sais pas quand c'est revenu, exactement, cette angoisse au fond de la gorge. Peut être avec les jours qui perdent en luminosité, arrivé à petits pas avec la nuit, apparu un matin de brouillard, dans les dates qui me rappellent douloureusement ce que l'on vivait l'an dernier, à l'ouverture de ce fichu livre de cancéro et ses pages que j'évite consciencieusement. Le jour maudit qui flotte sur le calendrier comme un drapeau pirate, à la fois l'envie d'y être pour pouvoir dire on l'a fait, ça fait un an et on est toujours là poings serrés, et tout en même temps ne jamais ja-mais devoir réaliser que ça fait si longtemps que l'on a pas vu le fond de ses yeux et que l'on a réussi à vivre sans. L'envie de vomir quasi permanente depuis deux jours, exactement comme en décembre dernier jusqu'à ce que E. me fasse réaliser l'évidence de l'origine des nausées - la gorge serrée - l'impossibilité d'avaler ma salive sans forcer. Je naviguais en eaux troubles, un peu paumée dans ma douleur - et ma colère, oh oui cette colère - mais j'ai appris à oser baisser les armes pour laisser venir toutes ces larmes que je gardais pour moi. J'en ressortirai lessivée-essorée-épuisée si il le faut mais cette fois ci je ne me battrai pas contre ma peine. Viens là que je te laisse couler jusqu'à ce qu'il n'y ait plus une seule petite goutte de toi en moi, juste les souvenirs et nos rires quand on repense à lui. 

"Après la pluie vient toujours le soleil, en attendant il y a les arc en ciel" a dit G., ça tombe bien, c'est chouette les arc en ciel. 


5 commentaires:

  1. Tes mots traduisent si douloureusement et magnifiquement en même temps l'émotion. Je me suis sentie très proche de toi à te lire. Je te soutiens.

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  2. Tant qu'on n'a pas croisé un jour la mort ...
    J'ai l'impression de voir une scène de film tant tu décris bien tes sentiments, tes émotions.
    Je t'embrasse.

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    1. Le titre c'était une évidence après ton article ;)

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  3. Ouvre les vannes, laisse sortir. Je t'embrasse.

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  4. Les frissons et l'envie, même si l'on ne s'est jamais vues, de te serrer dans mes bras. Voilà.

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